USA – Le difficile retour …

Jeudi 13 septembre 2001.

Nous quittons l’hôtel après avoir récupéré la voiture. Nous essayons désespérément de sortir du centre ville, où les rues à sens unique nous empêchent
de tourner où l’on veut, puis nous arrivons dans un autre quartier résidentiel, près d’un parc où de jolies façades se succèdent. Nous quittons San Francisco en direction du Golden Gate Bridge, malheureusement ce dernier est dans le brouillard et la police bloque tous ses accès, ainsi que l’entrée aux parkings des vues panoramiques. Le Golden Gate Bridge est fermé également aux piétons par peur de nouveaux attentats. Nous quittons San
Francisco un peu déçus de n’avoir pu approcher le Golden Gate Bridge de plus près, mais nous nous promettons d’y revenir un jour.

Nous prenons la route qui longe la côte californienne. Au fur et à mesure que nous nous éloignons de San Francisco, le soleil revient peu à peu. La côte est très jolie et nous nous arrêtons souvent pour prendre des photos. Nous descendons même sur une plage où nous espérons peut être nous baigner, mais le vent souffle fortement et est trop frais pour que nous puissions ôter nos vestes. De plus, les vagues sont énormes, nous laissant supposer que la baignade est interdite. L’eau glacée confirme vite nos suppositions. Nous ne faisons pas beaucoup attention aux vagues car nous sommes au bord, mais celles-ci sont d’une force incroyable et l’une d’elles manque de nous renverser tout en nous mouillant jusqu’aux cuisses. Nous sommes, à présent, définitivement convaincus que nous ne pourrons pas nous baigner. Nous sommes un peu déçus, persuadés par les nombreuses séries américaines que la côte californienne était non seulement le paradis de surfeurs mais aussi celui des baigneurs. Mais il doit faire certainement plus chauds dans les studios d’Hollywood !

Nous parcourons environ la moitié du chemin qui sépare San Francisco de Los Angeles et nous nous arrêtons dans un hôtel pour lequel nous bénéficions d’une réduction trouvée dans un journal : travel.com. L’hôtel est splendide et possède une piscine couverte avec jacuzzi que nous nous empressons d’aller tester : quel bonheur de se prélasser au chaud alors qu’il fait frisquet dehors ! Nous dînons italien ce soir et passons au Liquor Store acheter deux bières. Le vendeur nous confirme que la température est de saison et qu’on ne peut se baigner ici que quelques jours dans l’année. Nous buvons nos bières à l’hôtel tout en regardant les infos. Les fouilles dans les décombres continuent mais n’offrent plus guère d’espoir de retrouver des gens vivants. Le nombre de disparus est porté à environ 5000. Beaucoup de personnes passent à la télévision avec une photo de leur enfant ou parent disparus, dans l’espoir qu’il soit reconnu. Bush annonce une journée de deuil national pour demain et demande à chaque citoyen américain qu’il se recueille et prie pour les disparus, familles de disparus pendant l’heure du déjeuner.

Nous craignons de plus en plus pour notre retour car de nombreux vols sont annulés, le trafic aérien n’ayant repris qu’aujourd’hui en fin d’après-midi. Nous pensons passer à l’aéroport de Los Angeles demain soir pour vérifier que notre vol a toujours lieu. Des mesures de sécurité ont été renforcées : aucun couteau, rasoir ou ciseau ne pourra voyager en cabine, les couverts de service seront remplacés par des couverts en plastique et seules les personnes munies d’un billet d’avion ou d’une carte d’embarquement seront autorisées à entrer dans les aéroports. L’aéroport de Los Angeles est fermé aux véhicules privés et seules les navettes circuleront. Nous nous couchons sur ces dernières nouvelles et espérons que le lendemain nous en apportera de meilleures.

 

Vendredi 14 septembre 2001, Los Angeles

Nous nous levons tard et profitons une dernière fois de la piscine avant de poursuivre la route vers Los Angeles. Nous quittons la route côtière pour
l’autoroute à San Luis Obispo et nous arrêtons ensuite sur les plages de Santa Barbara, réputées jolies. Nous marchons un peu sur la plage, histoire de se
dégourdir les jambes, hésitons à nous baigner, puis reprenons la route vers Los Angeles. L’entrée dans la ville est difficile et nous nous retrouvons vite dans les bouchons et parvenons à l’hôtel vers 18h00. Ce dernier est plus que miteux, c’est un taudis où les murs tremblent à chaque fois qu’une voiture passe le long du boulevard. Je ne parle même pas des avions qui atterrissent non loin de là, on se croirait sur le tarmac de l’aéroport.

Nous déposons les bagages et filons à l’aéroport. Nous nous présentons à la porte 1, entrée du comptoir US Airways, où une foule de personnes attend et constitue une longue file d’attente. Quasiment tout l’espace de l’aéroport est envahi de personnes qui attendent. Le fait que notre vol pour Charlotte demain ne soit pas annulé nous rassure un peu, mais nous conforte également dans l’idée qu’il faudra arriver de bonne heure demain matin. Nous reprenons une navette pour quitter l’aéroport et rentrer à l’hôtel. Nous nous arrêtons au MacDo pour manger, ne désirant pas perdre de temps et nous coucher le plus rapidement possible. A l’hôtel, nous écoutons les dernières infos et activons le réveil pour 3h00 du matin. Nous essayons de dormir d’abord sans les Boules Quies, puis nous résignions face au bruit infernal qu’il règne dehors.

 

Samedi 15 septembre 2001

3h00 du mat : le réveil sonne ! nous nous habillons et partons hâtivement de cet hôtel immonde. Nous faisons le plein d’essence et nous nous apercevons avec horreur qu’il est 4h30 du matin ! Eh oui, le réveil dans la chambre n’était pas à la bonne heure et je n’ai pas pensé à vérifier. Nous ne paniquons pas toutefois, car nous avions confirmé notre vol et il n’était pas annoncé « annulé » la veille. Nous rendons la voiture après avoir parcouru 6 000 km à travers l’Ouest des Etats Unis.

Nous prenons la navette du loueur de voiture et prenons le chemin de l’aéroport. La file de personnes qui attend maintenant au comptoir d’US Airways n’a plus rien de comparable avec celle d’hier : c’est pire ! les gens ont carrément dormi sur place. Il est environ 5h00 du matin et le 1er vol d’US Airways ne décollera pas avant 6h40 et toujours pas d’équipage au comptoir pour commencer l’enregistrement des passagers ! Nous craignons fortement que l’avion ne décolle pas … Le personnel arrive vers 5h30 et réorganise les files d’attente par vol. Finalement, la file d’attente diminue considérablement et nous parvenons au comptoir d’US Airways relativement rapidement. Ici on nous annonce que notre correspondance à Charlotte pour Paris n’est pas maintenue et que le vol pour Paris via Pittsburg est complet, que le prochain vol pour Paris via Charlotte ne décollera pas avant mardi et arrivera à Paris le mercredi matin.

Nous sommes relativement choqués par la nouvelle et nous nous emportons un peu, bien que le personnel n’y soit pour rien, mais nous avons du mal à accepter de rester 3 jours coincés dans un aéroport à ne rien faire qu’attendre qu’un avion décolle. Le personnel d’US Airways pense toutefois que nous aurons plus de chance d’avoir un avion qui décolle plus  rapidement de Charlotte que de Pittsburg et nous conseille donc d’embarquer. Le prochain avion pour Paris depuis Charlotte décolle dimanche à 19h30, il est pour le moment annoncé complet, mais des annulations sont attendues. Nous suivons donc leur conseil et partons pour Charlotte. L’agent nous donne un voucher qui sera valable à Charlotte pour les nuits d’hôtel, le dîner et le petit déjeuner. Nous passons la porte d’embarquement et courons acheter une carte téléphonique car cette fois-ci il faut bien prévenir nos parents respectifs de notre retard. La carte coûte $17 et nous donne droit à 15 minutes de communication internationale. Nous téléphonons puis attendons patiemment l’heure d’embarquement.

Nous rencontrons à nouveau deux personnes avec qui nous avions sympathisé dans la file d’attente. Ils partent à 9h15 pour Pittsburg et nous annoncent que des français prennent le même vol qu’eux, car ils viennent d’obtenir une confirmation de vol avec la correspondance pour Paris, suite à des annulations. Elle nous propose donc de demander pour voir s’il n’y aurait pas d’autres annulations en cours. Nous courons au comptoir, l’agent vérifie sur son ordinateur, nous annonce que le vol Pittsburg-Paris est complet, et que si nous attendons trop longtemps pour d’éventuelles annulations, on risque de rester cloués à Los Angeles, tout en ayant manqué le vol pour Charlotte. Nous décidons d’embarquer pour Charlotte.

L’avion part avec du retard et décolle vers 9h00 au lieu de 8h15. Nous arrivons à Charlotte à 16h30, heure locale et filons de nouveau vers un comptoir US Airways pour avoir des nouvelles sur notre correspondance pour Paris. L’agent nous annonce que, malheureusement l’avion est toujours complet, que ce que nous avons de mieux à faire est d’appeler de bonne heure demain matin pour voir s’il y a des annulations, sinon de venir deux heures avant le début de l’embarquement, d’attendre et de monter à bord en dernier s’il y a de la place.

Nous sommes bien forcés d’accepter les événements, mais ce n’est pas vraiment de gaieté de cœur. Nous sortons le voucher que nous a donné l’agent d’US Airways à Los Angeles et lui demandons comment et où le faire valoir. Il nous regarde d’un air désolé et nous annonce que ce n’est pas possible de faire valoir ce voucher, qu’en temps de crise, US Airways n’offre pas l’hôtel à ses clients. Et là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour nous. Nous nous énervons sérieusement, ne comprenant pas pourquoi ce voucher valable à Los Angeles ne l’est plus à Charlotte. Après moult discussion, l’agent demande renseignement auprès de ses collègues et revient en nous disant qu’exceptionnellement et pour cette nuit seulement, nous pouvons utiliser ce voucher pour aller à l’hôtel Holidays Inn. Finalement, tout vient à temps à qui sait le demander !

Nous partons, soulagés, en direction de l’hôtel, car nous avons, un temps, pensé finir sur les lits de camps de la Croix Rouge !! En attendant la navette de l’hôtel, nous téléphonons en France pour dire que tout va bien et partons pour l’Holidays Inn où une superbe chambre nous attend avec King size bed, canapé, table de salon, piscine, salle de sport … bref un luxe incommensurable comparé à la nuit précédente. Nous nous installons et essayons toutefois d’appeler le centre de réservation d’US Airways, au cas où des annulations seraient déjà recensées, mais nous ne parvenons pas à obtenir quelqu’un à l’autre bout du fil. Nous partons dîner et la salle de resto où la télé est présente nous montre tout l’arsenal militaire des Américains prêts à partir livrer bataille. La guerre aurait-elle déjà commencé ? Nous n’avons pas les commentaires car nous nous trouvons trop loin de la télé, mais nous écouterons plus attentivement tout à l’heure. Nous profitons pour l’instant de notre repas et de la salle de restaurant où il fait cependant très froid à cause de la clim. Nous regagnons la chambre et écoutons les dernières nouvelles. La guerre n’a pas encore éclatée mais les américains se tiennent sur le pied de guerre pour livrer bataille. Nous nous couchons vers 21h30 après cette journée riche en émotion et programmons le réveil pour 6h30.
Minuit et demi !

Nous sommes réveillés en sursaut par une sonnerie stridente. D’où ce réveil peut-il bien sonner ? Je me lève, ne sachant trop, où je me trouve, lorsque soudain la sonnerie s’arrête. C’était le téléphone. Un gros voyant rouge clignote à présent. Je me recouche complètement abasourdie, pendant que Manu
se lève pour écouter le message. Apparemment, il s’agit d’un message d’US Airways. J’écoute moi-même le message en boucle mais la personne parle très très vite et j’ai du mal à tout saisir : il faut rappeler US Airways pour réserver une place dans un vol du lendemain. J’appelle donc et tombe sur une charmante hôtesse, qui m’annonce enfin que nous pouvons réserver deux places dans l’avion de 19h30. Je raccroche soulagée et nous sautons de joie à l’idée de pouvoir repartir demain. Nous nous recouchons mais avons du mal à nous rendormir étant donné l’excitation qui nous a envahi.

 

Dimanche 16 septembre 2001

Nous nous levons tardivement et quittons l’hôtel vers midi. A l’aéroport, on nous confirme bien que nos deux places sont réservées, et que l’embarquement commencera vers 15h30. Nous attendons donc pour passer dans la salle d’embarquement où nous pourrons avoir un accès à Internet. Il n’y a aucune boutique, aucun commerce dans l’aéroport de Charlotte et nous commençons sérieusement à avoir faim. Seule la Croix Rouge a son stand, dû aux événements. Moyennement une petite contribution, nous profitons de leur café et des barres de céréales qu’ils mettent à la disposition des passagers de l’aéroport. Nous passons finalement dans la salle d’embarquement vers 15h00, mangeons et laissons des messages via Internet pour prévenir de notre retour imminent. Nous traînons dans les boutiques en attendant l’embarquement et craquons devant les drapeaux américains, vendus en quantité excessive ces derniers jours. Nous embarquons vers 19h00 et partons de Charlotte et des USA avec un jour de retard. Malgré ces derniers jours mouvementés, le séjour reste inoubliable et nous y reviendrons avec plaisir.

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